Systèmes d’Echanges locaux en Ile de France

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LE MONDE - Mardi 22 avril 2003 : Des associations pour favoriser les échanges de services entre particuliers

mercredi 30 avril 2003, par SEL DE PANAME

par Amélie Poinssot

"Initiation à la calligraphie contre séances de massage", "aide en jardinage contre vieux vinyles"... Les brochures des associations Système d’échange local (SEL) où figurent offres et demandes des adhérents ont souvent les allures de bric-à-brac. Les quelque 350 SEL de France pratiquent en effet le troc de biens et de servi-ces les plus divers, à l’intérieur de leurs réseaux qui comptent de 30 à 600 personnes. Une monnaie fictive sert à évaluer les transactions, que les adhérents enregistrent sur un carnet personnel. Elle porte des noms facétieux : pistaches à Lyon, piafs ou panames à Paris..., 60 unités valant une heure de travail.

Pour les biens, c’est au couple offreur-demandeur de se mettre d’accord sur le "prix" de l’objet. Mais, dans ce marché aux règles peu communes, pas de compte en banque, pas d’agios à régler, ni d’intérêts à encaisser : la monnaie virtuelle est seulement un indicateur pour modérer les éventuels "profiteurs" et encourager les âmes généreuses à consommer à leur tour.

Contrairement aux idées reçues, les SEL ne séduisent pas seulement les plus démunis. "Certes, il y a des RMIstes, explique Jean-Marie, du SEL de Paris, dans le 20e arrondissement, mais de nombreux adhérents ont un fort pouvoir d’achat. Chez ces personnes, on retrouve souvent un caractère militant ou une demande sociale. Moi-même, je suis dans ce cas : j’ai un besoin de contacts, et le SEL m’a permis de nouer de nouvelles relations".

Jacqueline et Claude, présidente et coprésidente du SEL de Paname, dans le 14e arrondissement, reconnaissent qu’il y a de nombreuses femmes seules dans leur association. Elles organisent des repas de quartier et des "bourses locales d’échanges", "minipuces" à l’échelle des 150 membres du collectif. Pour Claude, le SEL permet tout simplement aux personnes qui ne se satisfont pas de leur travail de vivre leurs passions et de les partager. Pour Jacqueline, qui est à la recherche d’un emploi, la participation aux échanges est une façon d’éviter le désœuvrement, une stimulation de son intellect grâce aux rencontres de personnes d’univers très différents.

L’engagement dans un SEL exige une certaine disponibilité, et c’est pourquoi il est particulièrement apprécié par les chômeurs et les retraités. Matthieu, jeune ingénieur, a donné des cours de maths et de physique par le biais du SEL de Paris pendant un an et demi : "Je ne me suis pas investi davantage, je manquais de temps. Et je n’ai rien trouvé pour dépenser mes piafs ! Je cherchais simplement un aspirateur et des étagères".

Pour trouver la bonne affaire, la lecture du catalogue qui arrive dans la boîte aux lettres tous les trimestres est indispensable, à défaut de le consulter sur Internet. "J’ai fait réparer mon ordinateur par quelqu’un du SEL, raconte Jean-Marie. De toute façon, je n’aurais pas fait venir un technicien, même si j’en ai les moyens. Le rapport marchand est distant, alors qu’avec cette intervention je me suis fait un ami".

SE PASSER D’ARGENT

Cette forme d’entraide, analogue à celle qui se fait naturellement dans les villages, permet de briser l’anonymat des grandes villes. Elle est aussi une alternative à l’économie de marché, une tentative de se passer d’argent, au point que certains artisans y voient une concurrence déloyale. Ainsi, en 1998, une adhérente du SEL de l’Ariège avait été condamnée par le tribunal correctionnel de Foix à 2 000 francs d’amende (300,30 ¬ ) pour avoir bénéficié d’un travail clandestin : elle avait fait réparer son toit par deux membres de l’association, également condamnés. Cependant, devant la cour d’appel de Toulouse, ces trois personnes ont été acquittées : le principe des SEL était, dès lors, légitimé.

Plus anciens, les échanges de savoirs mettent en jeu une autre forme de solidarité : face à un groupe de six à huit personnes, un animateur bénévole passionné par une activité propose de la transmettre à d’autres amateurs, dans une ambiance bien éloignée du rapport maître-élève. "L’animatrice de notre cours d’espagnol est une ancienne professeur de français. Mais les qualités d’animation comptent plus que l’érudition ; il y a même dans le groupe un participant d’origine espagnole, qui a un meilleur niveau que l’intervenante. En fait, chacun apporte ses connaissances et tout le monde apprend", explique Claude, président du réseau d’échange de savoirs de Marly-le-Roi (Yvelines).

Dans cette association qui regroupe 300 personnes, on aborde non seulement les langues vivantes, mais aussi le point de croix et le patchwork, ou encore la cuisine, le dessin, l’informatique. La réciprocité est le grand principe. Chacun s’engage à transmettre ses savoirs, même s’il n’y a aucune obligation. A Evry, l’offre ressemble à une véritable mosaïque culturelle : soutien en français, cuisine orientale, tresses africaines, hip-hop, visite de la ville... L’association a permis à quelques-uns de s’intégrer, comme cette jeune d’origine africaine qui a suivi pendant cinq ans des séances de français et de biologie avant de passer son diplôme d’infirmière. Les réseaux d’échanges de savoirs existent depuis 1971 en France. Ils sont aujourd’hui environ 750 : leur succès ne se dément toujours pas.

Amélie Poinssot

Contacts : Mouvement des réseaux d’échanges réciproques de savoirs, tél. : 01-60-79-10-11. Pour les SEL : www.selidaire.org

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