Systèmes d’Echanges locaux en Ile de France

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BIBA - Février 2003 : Echange cours de tajine contre réparation de mon vélo...

samedi 1er février 2003, par SEL DE PANAME

Réservés aux retraités ou aux babas attardés, ces
« réseaux d’échanges » où chacun apporte sa petite
compétence et la fait « tourner » ? Pas du tout. De plus en plus de trentenaires entrent dans la danse... Parce que c’est aussi un moyen formidable de rencontrer
des tas de gens différents.

Catherine donne des cours d’informatique à Emma qui donne des cours de chant à Jean-Luc qui installe Internet chez Jacqueline qui prépare une fête chez Chantal qui prête sa maison de vacances à Catherine... La petite bande
fait partie du Sel de Paname. Le système d’échange local du Sud de Paris, basé dans le 15ème arrondissement de la capitale. On y échange à tout va un cours d’anglais contre un coup de tournevis sur un vélo qui ne freine plus, des vêtements pour bébé contre des petits pots mijotés.

Dimanche matin, Jacqueline, chef d’entreprise, a rendez-vous chez Sophie, secrétaire. Pour faire débloquer son Qi (prononcez "tchi"). C’est la première fois qu’elle expérimente cette technique de soin chinoise. Elle a croisé Sophie, nouvelle adhérente, au cours d’une randonnée organisée par l’association. Vaste appartement champêtre, chat lové au creux d’un fauteuil et table de massage dans la chambre à coucher. Jacqueline s’abandonne, confiante, dans les mains expertes de Sophie. Fin de la séance de 50 minutes, papotage autour d’un thé. "Je ne me serais pas laissé tripoter par n’importe qui. Mais avec Sophie, j’ai tout de suite accroché. Et puis, on habite pas loin". Jacqueline repart... sans avoir déboursé un seul centime.

Principe n°1 : l’argent ne vaut rien

"Ce qui coûte le moins cher au Sel, c’est l’argent" sourit
Jean-Luc, adhérent de l’association. Car au pays des réseaux, on n’a pas senti le passage à l’euro, on compte en panames, en piafs, en bérouettes, en grain de sel ou en pignons chez les Sel (il y en a plus de 300 en France). "C’est la monnaie de Harry Potter", rigole Emma. Une monnaie qu’on ne peut pas convertir et qui sert simplement à réguler les échanges entre adhérents en mesurant le temps donné par chacun. Un paname correspond à une minute, une heure de plomberie ou de
guitare "coûte" donc 60 panames. Mais ici, les mot "payer", "acheter", "vendre" sont bannis. Même si certains ont parfois la langue qui fourche. "Quand j’ai vendu ma collection de romans policiers... " commence Cyrile avant de se reprendre : "Disons plutôt : quand j’ai proposé ma collection...". Difficile de se défaire de certains réflexes. Et pourtant, c’est bien pour ça que Virginie et Cédric, 26 et 24 ans. viennent de s’inscrire. "Dans le monde "normal" il faut toujours payer. Ou se vendre. Tout est conditionné par l’argent. Là, on prouve que ça peut fonctionner autrement. Et puis, ce genre d’échanges, on le pratique déjà avec nos amis, là on l’étend à des gens qu’on ne connait pas. Toute la vie devrait être comme ça". Ces deux-là ne savent pas encore ce qu’ils vont proposer : du baby-sitting, des visites de monuments historiques (Cédric a fait des études d’histoire de l’art), du tennis... mais espèrent bien "se découvrir d’autres richesses à faire partager".

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Virgine et Cédric : "fonctionner autrement qu’en payant"
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Cours d’aiguille (Jacqueline) contre cours de souris (Catherine)

Principe n°2 :on sait tous faire (très bien) un truc

"Les gens commencent par dire qu’ils ne savent rien faire. Ils se dévalorisent. Petit à petit, on découvre qu’ils sont passionnés d’oenologie ou de relaxation", commente Elisabeth, responsable d’une petite association dans le 6ème arrondissement de Paris, La Clef d’échanges.

Quand elle était travailleuse sociale, elle souffrait du "système" qui souligne toujours ce que les autres n’ont pas, au lieu de mettre en valeur ce qu’ils ont. "Mon plus grand plaisir est de faire découvrir ce dont ils sont porteurs". Loin de la dictature paralysante des diplômes qui oublie en chemin des savoirs pratiques, culturels ou innés. Jean-Luc feuillette l’annuaire qui répertorie les offres et les demandes des "selistes" (les membres du Sel de son quartier. "On y trouve des services coûtant souvent très cher dans la vie courante ou n’existant pas sous cette forme
sur le marché". Sans le Sel, Catherine ne pourrait probablement pas s’offrir une semaine de location
sur la Côte d’Azur et aurait eu du mal à dénicher une bonne
âme pour arroser ses plantes le temps de cette escapade. En
ville, certains services sont plus répandus que d’autres, question de culture urbaine. "Pour l’informatique, aucun problème. Mais quand je me suis mis à chercher quelqu’un qui s’y connaissait en plomberie, j’ai eu plus de mal. J’ai dû apprendre à vivre pendant quelques mois avec un évier qui fuit", rigole Cyrile. A la campagne, on échange kilos de pommes de terre contre gros bras pour rentrer les foins. "Mon frère est paysan et fait partie du Sel de sa région, il y a un monde entre ses échanges et les miens", "Parisienne du 15ème arrondissent" s’amuse Emma.

Dans son petit carnet jaune, Jean-Luc consigne soigneusement, comme chaque adhérent, la nature de ses échanges et le niveau de son compte en panames (plus 50 panames, moins 200 panames...). Ces derniers mois, il a échangé sa voiture, donné un coup de main pour un déménagement, participé à une séance de watsu (massage aquatique), bénéficié d’une heure de ménage, et même accueilli un "seliste" de l’autre bout de la France, un contrôleur des impôts venu passer un concours à Paris. Et il aurait pu tester l’épilation à l’orientale, le massage facial ou le cours de maniement des baguettes chinoises, apprendre à se couper les cheveux tout seul ou décoller pour un Paris-Deauville en avion privé...

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Jacqueline s’abandonne aux mains expertes de Sophie
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Ando aux petits soins pour Catherine

Principe n° 3 : moisir tout seul dans son coin, c’est idiot

Cours de choucroute ou séance de tarot divinatoire, plongée sous-marine ou chant liturgique, tous les goûts sont dans
le Sel. Et les centres d’intérêt se démultiplient puisqu’on n’échange pas en duo mais en "réciprocité ouverte". "Je ne
suis pas obligée de rendre à celui qui m’a donné", explique Catherine. 35 ans, chef de projet dans une boîte d’informatique. Parfois, le binôme s’agrandit pour former
un trio, un quatuor, voire une chorale... comme celle d’Emma, 39 ans, prof de piano et chef de choeur, qui fait chaque lundi soir, salle à manger comble. Le cours a lieu chez une autre adhérente, Claire. Tout le monde enlève ses chaussures pour ne pas salir la moquette beige impeccable et le chœur entonne "Salade de fruits jolie, jolie" version swing. Les hommes font la basse, les filles montent dans les aigus. "Dans les réseaux, on est en plein dans la parité" assure Jean-Luc. Autant de femmes que d’hommes". Et 95 % de célibataires...
Entre deux exercices de respiration, Brigitte, 33 ans, vivant aussi en solo, raconte son arrivée au Sel de Paname. Fraîchement débarquée de province, elle cherchait quelqu’un pour lui taper son mémoire. Et pourquoi pas "quelqu’un" tout court... "Quand on arrive à Paris et qu’on est coupé de sa famille, de ses amis, c’est un bon moyen de rencontrer des gens et plus, si affinités". Cadres, artistes, architectes, ethnoloques, technico-commerciaux... Le réseaux attirent une majorité d’actifs.
Un peu bio, un peu massages en tout genre, un peu anti-société de consommation, les adhérents partagent certaines valeurs. Les ex-soixante-huitards et les jeunes anti-mondialisation se mélangent aux électrons libres plus pragmatiques, venus chercher une réponse à un besoin précis, ou aux retraités tranquilles. Les générations s’échangent leurs secrets : comment apprivoiser le téléphone portable ou réussir un clafoutis des familles. Grâce à son réseau de savoirs du 14ème arrondissement, Marie-Françoise, 65 ans, surfe sur le Net en toute aisance depuis que Gilles, 35 ans, consultant, lui a montré comment dompter la souris. En échange, Marie-Françoise l’a initié au maniement de la mechine à coudre... "Une science peu répandue au sein de ma génération", reconnaît l’élève appliqué. Et puis, il y a des sciences qui ne s’apprennent pas, comme celle d’écoutes. "Besoin d’assistance psychologique en cas de décision difficile à prendre ? ", "Propose un peu de compagnie", "Mon épaule pour pleurer...", certaines offres disent explicitement ce que beaucoup recherchent en rejoignant un réseau d’échanges. Un peu de temps pour parier, se confier, rencontrer l’autre, briser la solitude. "Aller chez quelqu’un, lui transmettre quelque chose ou s’en remettre à lui pour apprendre, cela crée tout de suite une intimité", confirme Catherine. Quand elle a voulu changer de boulot elle n’a pas hésité à demander conseil à Ando, toujours prêt à lui réparer son vélo, mais qui a aussi roulé sa bosse dans "plusieurs multinationales". Pierre-Antoine, lui, a rejoint le Sel pour ne pas "moisir tout seul", quand il s’est retrouvé Rmiste. Depuis, il a monté sa librairie... Dans les rayons, des lots de bouquins
échangés par d’autres "selistes". Certains ont
même retrouvé du travail en se créant un véritable
réseau de connaissances. D’autres sont ravis
d’échapper en pointillé à leur univers comme
Emma, qui s’est retrouvée en train de danser dans la
rue lors d’un repas de quartier, loin de "l’univers un
peu coincé du classique". Envie de mettre un peu
de Sel dans votre vie ?

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Le fabuleux destin de Sophie dans les cartes de Cyrile
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Chorale chez Claire sous la baguette d’Emma

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