Systèmes d’Echanges locaux en Ile de France

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CR atelier FSE du 13/11/2003 : les systèmes monétaires sociaux ou complémentaires

mercredi 31 décembre 2003, par SEL 93 BANLIEUE NORD, SEL DE PANAME

Compte rendu de l’atelier du FSE du jeudi 13 novembre à Saint-Denis sur les systèmes monétaires sociaux ou complémentaires

Intervenants : Stephen (Canada), Yasuyuki Hirota, dit Miguel (Japon), Heloisa Primavera (Argentine), Alexandre ( le »Règio » en Allemagne)

Rapporteurs : Joël Seguin, Daniel Herlaut, Maurice Belorgey

Intervention de Stephen (Canada) :
Stephen a fait le tour du monde des systèmes locaux et nous fait part de son expérience.

Au Canada :
Au Canada la situation économique était caractérisée par une inflation qui a entraîné une dévaluation et creusé les inégalités entre riches et pauvres.
Le 2ème Lets après celui inventé à Vancouver compte 150 adhérents, mais les services rendus y sont minimes à cause d’une inflation en unités du LETS créée par une erreur de gestion : certaines personnes étaient très riches et d ’autres très pauvres ; les entreprises ne voulaient pas entrer dans ce système car la monnaie n’avait pas de valeur.

L’un de nous 2 se trompe peut-être, l’inflation est-elle dans la société ou dans le Lets ? En ce qui me concerne, j’ai compris qu’il y avait le creusement des inégalités en raison de la crise économique (Daniel).

En Amérique latine :
D’autres pays ont vu que ce système pouvait leur convenir.
En 198 à Mexico, il y eut un projet de monnaie communautaire.
En Argentine, à Buenos Aires, on a vu un marché de 2000 personnes constituer un réseau global de troc.
En Asie, en Thaïlande, il y a eu l’introduction d’un Lets (toujours opérationnel) dans une communauté. Le gouvernement a essayé de l’arrêter, mais l’a renforcé au contraire et cela marche bien. Pendant la crise ils ont beaucoup souffert, ils ont compris qu’il faut que tout le monde puisse créer une monnaie en cas de crise et ils ont fait un jeu de simulation. Ce système a eu le soutien d’un monastère bouddhiste, on peut voir ce jeu sur le site : www.appropriate-economics.org.

En Papouasie (Nouvelle Guinée) :
En Papouasie Nouvelle-Guinée la monnaie traditionnelle est constituée de très grands colliers de petits coquillages, on peut casser le collier pour le raccourcir et en diminuer la valeur ou au contraire en rattacher plusieurs, la valeur dépend de la longueur du collier et du nombre de coquillages. On mesure en brasses (distance du nombril au bout du bras).
Ce sont les femmes qui les fabriquent, cette monnaie est convertible en dollars
Le gouvernement s’aperçoit que un million de dollars circulent pour 80 000 personnes, il voit que c’est beaucoup et qu’elle a plus de valeur que la monnaie nationale (en papier).
Au décès d’une personne l’argent du défunt est remis à la communauté. Ce système permet d’épargner et il y a besoin de peu pour les échanges locaux. Sur la monnaie nationale papier, la monnaie traditionnelle est imprimée. Avec la monnaie traditionnelle on peut acheter des terrains, des voitures. Les économistes ne croient pas plus en cette monnaie qu’en celle des SEL.
Les femmes créent de la monnaie pour les mariages (dot) et pour les enterrements.
Il existe une société secrète qui redistribue la monnaie.
L’église chrétienne s’oppose à ce système comme étant une pratique primitive. Mais des gens qui échappent à la Banque Mondiale sont-ils aussi primitifs qu’on l’imagine ?
Le pays paraît pauvre car la comptabilité nationale ne compte pas cette monnaie, mais les gens sont très riches. Les indigènes sont aussi riches que les blancs, qui y habitent, ce qui est très différent du reste du tiers-monde.
La société est matriarcale, ce sont les femmes qui donnent l’argent aux hommes. Pour l’argent les hommes dépendent des femmes. le pouvoir des hommes est le mystère.
Au village on n’a pas besoin de l’argent national contrairement à la ville.
Cette monnaie a plus de valeur que la monnaie nationale parce qu’elle a un lien avec le mode de vie de la population.
Cet argent a pu permettre la construction d’une église.
Il y aurait la guerre entre les familles, si les gens fabriquaient de l’argent en dehors du système.
La population voudrait lancer une banque pour cette monnaie, qui est acceptée par les autorités. Le gouvernement étudie s’il est possible de payer les taxes avec cette monnaie de coquillages.

Intervention de Yasuyuki Hirota alias Miguel :
La situation au Japon est relatée par Yasuyuki Hirota, dit Miguel, qui a pour adresse internet : mig@lime.plala.org.jp/mig/ ;
Le mouvement précurseur a eu lieu en 1973
Ce système émet une monnaie communautaire pour des bénévoles sans réciprocité dans l’ouest du Japon appelée « chiki suka ». Cette monnaie est émise par les mairies pour du travail bénévole.
Il existe 300 groupes (banques) pour le soin aux personnes âgées et d’autres pour les femmes au foyer
A l’origine on trouve Fuerai Kipu et la Fondation Savovayaku.
Cette monnaie concerne le travail domestique. C’est une monnaie d’amitié, d’amour.
En 1999 une émission de télévision présentant Michael Eude sur les heures d’Ithaca a eu un grand impact au Japon, ce qui a permis la création d’une dizaine de mouvements.
Au Japon le pionner a été Toshiharu Kato qui propose une « èconomonnaie » s’inspirant des LETS anglais.
Le but est de réduire le coût des services sociaux. Elle est émise par les mairies. Chaque système est singulier et le but est orienté. Peu d’échanges de biens sont réalisés. Il existe peu de communications entre les systèmes.
Il existe plusieurs méthodes de transaction.

Le système Peanut » de Tokyo en 1999 :
Car la cacahuète est une production locale.

L’expérience de Chiba :
Kazuhita Murayama visite les LETS en Grande Bretagne. Il considère que les LETS sont destinés aux pauvres. Au japon les classes moyennes sont majoritaires.
Près de la gare de Chiba existe la rue du centre commercial Yurinoki. La monnaie sociale augmente les ventes des commerces et améliore les rapports humains.
Elle utilise un cahier, plutôt que le chèque. La fiche utilise le format d’une carte postale. L’association met à jour les transactions.

Le Dan :
A Sèkizen existe une population âgée. A cette attention le « Hèron Kubota Time Dollar » a été créé. L’unité est le « dan dan », qui veut dire merci en dialecte. Chacun reçoit 20 dans dans pour 30 minutes de service. Le système a amélioré la communication.

Yufu (Yufuin, Oita) :
L’économie de cette île est basée sur les touristes et les bases militaires. Des bons d’échange ont été créés pour préserver une autarcie partielle.

Le charbon (Omuta, Fukuoka) :
L’économie d’Omuta reposait sur le charbon. La fermeture des mines de charbon a entraîné une crise économique. Les travailleurs sociaux ont créé des bons nommés charbon.

Le Fuku (Nahastu Oite) :
Ce sont des bons émis pour favoriser les commerces de proximité et le commerce local.

Le Yuro (Beppu) :
A Beppu existe une station thermale qui accueille des personnes âgées et riches. Dans ce but a été créé un billet, le Yuro, qui correspond à 100 yens, qui permet de prendre des bains.

Le Hannako (Kervanale Kagshime) :
C’est une aide mutuelle qui a été créée dans un hôpital psychiatrique à la cafétéria pour aider des malades mentaux.
La difficulté est qu’il n’y a pas beaucoup de biens à offrir. Cette aide consiste à offrir des services.

Au japon il y a très peu de contacts entre les systèmes d’échanges locaux et les adhérents hésitent à se contacter.

Intervention d’Hèloisa Primavera (Argentine) :

La situation en argentine et relatée par Hèloisa Primavera, qu a comme adresse internet :heloisa@alliance21.org.
Héloisa se prononce pour la privatisation de l’argent. Car ainsi on ne dépend pas du peso ;
En 1995 23 voisins créent un réseau de troc.
En 1997 30 000 personnes y participent.

En 1999 le réseau rassemble 100 000 personnes en Argentine, avec aussi d’autres réseaux au Brésil, en Uruguay, au Brésil , en Colombie, en Equateur, au Chili.
En 2001 le réseau touche 6 millions de personnes au moment de la crise de confiance dans le système international. Les classes moyennes ont décru à cause du « plan d’ajustement structurel ». L’année 2001 fut l’année du miracle argentin, car la presse diffusait bien le réseau à la classe moyenne. Pour les pauvres, c’est nécessaire mais plus difficile, car les pauvres ont besoin des services de l’Etat.
Soit on construit la confiance et on s’oblige à rester petit, soit on s’agrandit vite mais sans confiance.
Il existait à côté du Dollar et du peso des bons des provinces, mais maintenant c’est fini à cause du FMI. Il existait des ponts entre les systèmes mais les valeurs n’étaient pas les mêmes.
Puis le système éclate en même temps que la crise institutionnelle.
Ce sont les créateurs qui ont fait trop de billets et pas le gouvernement.
Il faut une quantité de monnaie selon le ratio production/ consommation et pas davantage. C’est une responsabilité citoyenne. Il ne faut pas dire : on ne peut rien faire.
Le système est en crise. Il reste 100.000 personnes dans les clubs de troc. (J’ai compris 50.000, on peut aller jusqu’à 100.000).
A côté des clubs de troc existe un modèle d’entrepreneurs. Des billets de troc ont été émis de 20 à 50 unités par personne. Les créateurs du système ont vendu des billets en monnaie nationale. Il doit exister une règle de ne jamais vendre de billets au-delà des besoins.
Le capitalisme marche bien sauf en état de crise, mais il cache l’argent volé aux pauvres (paiement de la dette, Fonds de pension, paradis Fiscaux).
Heureusement existent la micro finance qui organise une autre façon de produire, ainsi que les gouvernements locaux participatifs existant depuis 30 ans, à l’exemple de celui de Porto Alégre (il y en a plus d’une centaine de nos jours).
L’Europe va « s’argentiniser » surtout après son élargissement et après le développement de la Chine.
Il faut d’abord savoir quelle société on veut. Le système doit viser le développement humain, ainsi que le fait la micro finance. Il faut créer une monnaie sociale, ce qui suppose l’autonomie de la société civile.

Intervention d’Alexandre (Allemagne) :

Le « Règio » :
Il s’agit de profiter des avantages de l’économie de marché sans les problèmes du capital.
En Bavière se crée une monnaie complémentaire « le Règio ».
Le professeur Waldorf crée avec 6 élèves de 16 ans des billets qui permettent d’acheter dans les magasins. Le règio vaut un euro.
Sur cette monnaie est appliquée une taxe à la revente en Euros de 5 %, dont 2 % pour payer le système et 3 % pour des projets régionaux. Cette part va à l’école.
Ainsi le Régio tourne plus vite que l’Euro. Cette expérience s’apparente à une autre monnaie complémentaire, le « brochet », qui est valable un an avec 4 cases (une par trimestre) pour y coller un timbre permettant de maintenir la valeur du bon (c’est le principe de la monnaie timbrée). On a donc intérêt à la faire circuler cette monnaie et pas à la garder. Mais il faut noter que là-bas contrairement en France les commerçants sont favorables à ce système.

Cette expérience regroupe 80 commerçants, des petits commerces, des entreprises de services et 150 familles.
Les commerçants acceptent ce système qui est un système de fidélité des consommateurs, une sorte de carte de fidélité pour clientèle captive. Alors que le système capitaliste vient ôter l’argent de la région et le concentre vers la spéculation, ce système tourne dans la région de Bavière seulement pour promouvoir l’économie régionale.

Alexandre rappelle l’expérience de Wörgl en 1932 et l’idée de Rudolph Steiner (anthroposophe) selon laquelle l’argent a 3 fonctions : l’échange, le don gratuit, le crédit sans intérêts.

Questions et observations de l’auditoire :
Un auditeur fait remarquer qu’en France les autorités ne laisseraient pas un tel système exister.
Un expert-compable répond que le commerçant paye sa TVA et qu’il n’y a pas de problème au début.
Il arrivera des difficultés, car il s’agit d’un outil de contestation du système.
L’économie de troc est très importante entre entreprises.

D’autres expériences de monnaies complémentaires :
La question se pose de savoir ce qui se passe quand le système se développe.
Une banque a émis des bons avec l’association « Wahren ». Il n’y a pas eu de réaction politique. Ces bons ont permis d’aider des exclus.
Il faut noter que le troc existe dans les entreprises, c’est le « barter ».
Ces bons favorisent le marché local. C’était le but des « Heures » d’Ithaca aux Etats-Unis. Le but est de réintégrer le travail local.
Puisqu’il y a une pénurie d’argent pour solvabiliser la demande, le système entraîne une augmentation de la masse monétaire. Le but est de faire circuler la monnaie locale plus vite que les euros.
Le prêt en monnaie locale permet de financer des projets.
Au Brésil des petits prêts d’un montant de 20.000 euros a permis de construire une école qui aurait dû coûter 40.000 euros.
Une banque de micro finance a prêté de l’argent officiel, une autre partie a été payée en argent local.
Ce genre de projet exige des institutions de la communauté fortes.
C’est ainsi qu’a été construite la Maison de la Citoyenneté Mondiale.

Questions diverses et références :
Il faut déconstruire les schémas du marché.
Alain, volontaire de l’association Pax, mentionne l’existence d’un réseau de troc à Rio de Janèiro au Brésil au profit d’une communauté pauvre.
Une conférence européenne sur les monnaies complémentaires devrait avoir lieu en juillet 2004 à Bonn en Allemagne.
Bibliographie : l’Avenir de la Démocratie et de l’Argent (Margrit Kennedy et Bernard Lietard).
Et aussi « les Aventuriers de l’Abondance » de Derruder chez Albin Michel.
Il nous faut une Charte de valeurs communes, une banque de données, des solutions communes à nos problèmes, échanger les expériences et pour cela une liste de discussion.
Pour écrire au sujet des monnaies complémentaires ou sociales une adresse :
money@socioeco.org
2 sites à consulter :
http://money-socioeco.org et http://www.monneta.org

Compte rendu rédigé par Daniel Herlaut et Joël Seguin

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