Systèmes d’Echanges locaux en Ile de France

Accueil > 2 - Qui sommes-nous ? > 5 - Témoignages SEListes > Tribune libre > Les éléphants

Les éléphants

jeudi 10 mars 2005, par SEL DE PANAME

Le sable rouge est comme une mer sans limite,

Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.

Une ondulation immobile remplit

L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus

Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues ;

Et la girafe boit dans les fontaines bleues,

La-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile

L’air épais ou circule un immense soleil.

Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,

Fait onduler son dos où l’écaille etincelle.

Tel l’espace enflammé brulé sous les cieux clairs,

Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,

Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes,

Vont au pays natal à travers les déserts.

D’un point de l’horizon, comme des masses brunes,

Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit,

Pour ne point devier du chemin le plus droit,

Sous leur pied large et sur crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps

Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine ;

Sa tête est comme un roc et l’arc de son échine

Se voute puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hater sa marche,

Il guide au but certain ses compagnons poudreux

Et, creusant par derriere un sillon sablonneux,

Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L’oreille en éventail, la trompe entre les dents,

Ils cheminent, l’oeil clos. Leur ventre bat et fume,

Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume,

Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu’importent la soif et la mouche vorace,

Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?

Ils rêvent en marchant du pays delaissé,

Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,

Ou nage en mugissant l’hippopotame énorme,

Où, blanchis par la lune et projetant leur forme,

Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent

Comme une ligne noire, au sable illimité ;

Et le desert reprend son immobilité

Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.

Charles Leconte de Lisle (1818 - 1894)

Sélection/Lili Pincemoi

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?