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Le troc prospère dans l’Argentine en crise

par Bill Cormier (le 31 mai 2002 )

dimanche 2 juin 2002, par SEL DE PANAME

MONTE GRANDE, Argentine (AP) - Un jour, Regina Vereya en a eu assez de la crise économique qui a fait fuir les clients et provoqué une vague de cambriolages dans son petit comptoir de tabac. Effrayée, incapable de couvrir ses frais, elle a vendu sa boutique et s’est jointe aux milliers d’Argentins qui vivent désormais sans argent -ou presque- grâce au troc.
« J’ai 50 ans et je dois prendre soin de ma fille handicapée. C’est la seule manière que j’ai trouvée pour subsister », explique-t-elle, assise derrière une table bancale dans un marché improvisé de Monte Grande, au sud-ouest de Buenos Aires.
En Argentine, le troc de biens et de services n’est plus une nouveauté. En fait, depuis le début de la crise économique et politique qui secoue le pays, c’est même devenu une nécessité.
Un Argentin sur cinq n’a plus d’emploi. Et la moitié des 36 millions d’habitants du grands pays d’Amérique du Sud sont pauvres. Dans ce contexte, le « trueque » ou troc est devenu l’affaire de tous, des mécaniciens aux jeunes professionnels au chômage.
En 1995, l’Argentine ne comptait qu’un seul club de troc. Aujourd’hui, il y en a 5.000. Ils sont d’ailleurs très fréquentés. On y échange de tout, des légumes au jambon, et des cassettes vidéo aux vêtements pour enfant.
Dans les marchés, on ne parle plus de pesos mais bien de »creditos », ces notes de crédit de la taille d’un billet de banque qui ont remplacé la monnaie dans les portefeuilles.
Besoin de pain frais ? cinq créditos. Une veste de laine ? 12 créditos. Même les mécaniciens, professeurs de maths et organisateurs d’événements ont repensé leur tarification en termes de « crédits à l’heure ».
Il n’y a pas si longtemps, Ricardo Salva était propriétaire d’une boucherie. Mais son commerce a été emporté par la tourmente. Désormais, il troque à temps plein pour nourrir ses sept enfants. »J’ai commencé à faire cela il y a quatre mois, parce que je n’avais pas le choix », explique-t-il. « Je n’ai aucune chance de trouver un emploi pour le moment. »
Depuis que la monnaie nationale a été dévaluée, en janvier, 280.000 personnes perdent leur emploi chaque mois en Argentine. Selon Eduardo Ovalle, du groupe de réflexion « Nueva Mayoria », la majorité d’entre eux se tournent vers le troc. « C’est une réaction à la hausse du chômage, à la pauvreté et à la dévaluation de la monnaie », dit-il.
A l’en croire, environ 2,5 millions de personnes sont membres de clubs de trocs. Et ce nombre pourrait atteindre quatre millions d’ici la fin de l’année. « C’est plus commun parmi la classe ouvrière, mais cela s’est récemment répandu à tous les échelons de la société et même dans les pays voisins. »
La valeur totale des biens et services qui sont troqués plutôt que vendus n’est pas comptabilisée. Mais les économistes sont de plus en plus inquiets devant la montée en puissance d’une économie sans argent.
Car, selon l’économiste Marshall Goldman, du Collège de Wellesley (Massachusetts), le troc pourrait avoir des conséquences aussi désastreuses en Argentine qu’en Russie, il y a dix ans. Avant l’effondrement de l’économie russe, en 1998, le troc équivalait à près de la moitié des transactions commerciales, rappelle Goldman. Or, à cette échelle, l’échange de biens et de services encourage l’évasion fiscale, l’inefficacité et la corruption.
Mais cela peut aussi avoir du bon. « Le troc est un signe que quelque chose ne tourne pas rond dans l’économie, mais c’est aussi la preuve que les gens tentent de s’en sortir et de relancer la production », explique-t-il.
Alberto Bernal, du groupe new-yorkais IDEAglobal, est moins optimiste. « Quand autant de gens se tournent vers le troc, c’est que le système financier ne fonctionne pas », constate-t-il. Or, l’Argentine doit rebâtir son crédit pour que ses citoyens puissent emprunter, se lancer en affaires et faire tourner l’économie.
« Certains croient que le troc est une bonne chose. Personnellement, je pense que c’est un recul de 40 ans par rapport à l’évolution du système financier. »

Source :
http://www.edicom.ch/news/international/020531145628.fr.shtml

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