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Le Zen

lundi 30 mai 2005, par SEL DE PANAME

Origines

Le zen est né en Chine au 6ème siècle de la rencontre du bouddhisme indien et du taoïsme, fusionnant le spéculatif et le pratique, le métaphysique et le prosaïque. Appelé ch’an en Chine, il privilégiait la méditation sur la doctrine, y voyant la voie la plus courte, mais aussi la plus raide, pour réaliser l’esprit du Bouddha inhérent à chacun de nous. Le ch’an se scinda assez vite en deux lignées : l’École du Nord, dite de l’Éveil progressif, et l’École du Sud, dite de l’Éveil subit, qui devint rapidement l’école dominante. Le zen connut son âge d’or sous les Tang et au début des Song (en gros, du septième au onzième siècle). Il arriva vers 1190 au Japon, où les écoles sôtô et rinzai continuent à prospérer. Les premiers maîtres zen arrivèrent en occident au début du vingtième siècle.

Le Bouddha

A la question : « qu’est-ce que le Bouddha ? » le zen multiplie les réponses excentriques. « qui était le Bouddha ? » est une question plus simple. Prince du clan Sâkya, vivant dans l’opulence, Siddhârta Gautama est né au sixième siècle dans ce qui est aujourd’hui le Népal. Il se maria, eut un fils et continua à se faire choyer, son père prenant grand soin de le tenir à l’écart de toute la misère du monde. Mais à la faveur de quatre excursions hors du palais, il rencontra 4 signes : un vieillard, un malade, un cadavre et un moine. Les trois premiers symbolisaient l’humanité souffrante ; le quatrième, la destinée de Siddhârta.
Siddhârta choisit la voie de l’ascèse, quittant son foyer pour vivre d’abord avec des maîtres, puis, neuf années, seul. Mais l’ascétisme se révéla stérile . Il se remit à manger - pour formuler les idées bouddhistes de la voie moyenne -, puis s’installa sous le fameux arbre de l’éveil, la bodhi, faisant le vœu de méditer jusqu’à ce qu’il ait résolu le problème de la souffrance. Quarante neuf jours plus tard, ce fut le grand éveil du Bouddha : le satori que recherchent tous les adeptes du zen. Répugnant même à en parler parce qu’il échappe aux mots, Siddhârta finit par s’adresser à un groupe de disciples dans le bois des Gazelles, à Sârnâth (près de Bénarès), puis passa le reste de sa longue vie à enseigner. Il mourut à quatre-vingt ans après avoir mangé de la nourriture avariée.
Bouddha, ainsi qu’on devait le connaître, n’est pas le seul bouddha. D’après les textes bouddhistes, il y en eut six avant lui, et treize après. Le prochain sera Maitreya, qui devrait s’incarner à l’avenir et renouveler le dharma.

Zazen

Le zazen, « être assis » dans l’ « absorption », est au cœur de la pratique du zen. Bien qu’enraciné dans d’antiques pratiques, le zazen diffère des autres formes de méditation en ce qu’il se passe de tout objet ou de tout concept abstrait sur lequel se concentrer. Le but du zazen est d’abord d’apaiser l’esprit - en finir avec les simagrées de la vie quotidienne -, puis, au terme d’années de pratique, atteindre un état d’éveil pur, exempt de pensée, en sorte que l’esprit puisse réaliser sa nature de bouddha. Et, à la différence des autres formes de méditation, le zazen n’est pas simplement un moyen au service d’une fin. « Le zazen est lui même éveil », a dit Dôgen. Une minute où l’on est assis, c’est une minute où l’on est bouddha.

L’exemple par excellence du zazen est celui de Bodhidharma, demeuré assis neuf ans devant un mur, au monastère de Chao-lin. Mais, suivant une méthode typique, la littérature zen monte en épingle un autre exemple, qui paraît en être le contraire. Jour après jour, Ma-tsu était assis, en méditation, jusqu’au jour où son maître se décida enfin à le questionner à ce propos. Ma-tsu expliqua qu’il espérait atteindre l’état de bouddha. Le maître ramassa une brique, qu’il se mit à frotter avec une pierre. Lorsque Ma-tsu lui demanda ce qu’il faisait, il répondit qu’il polissait la brique pour en faire un miroir.
« Comment faire un miroir en polissant une brique ? » demanda Ma-tsu.
« Comment peut-on devenir bouddha en méditant assis ? » répliqua le maître.

Kwatsu

Le zen est réputé pour les méthodes peu orthodoxes qu’employaient ses maîtres, en particulier ceux de la Chine des Tang, qui développèrent un style d’enseignement du zen à base de « mots étranges » et « d’excentricités ». Aux interrogations de ses moines, Yun-men répondait par un seul mot. Ma-tsu frappait ses élèves, les envoyait à terre, leur tordait le nez, et il fut le premier à employer le shippei (japonais : kyosaku) le « bâton de réveil » dont se servent les moniteurs de méditation.
Min-tsi mit au point le « Ho ! » : un son que les Japonais traduisent par « Kwatsu ! », ou simplement « Kwats ! », exclamation destinée à arracher les élèves au dualisme. Les propositions brèves, simples et paradoxales de Cha-chou sont d’une inventivité sans égale et forment la base de nombreux kôan. Il faut aussi signaler le « zen du doigt tendu » de Chu-chih. Un jour, un étranger demanda au serviteur de Chu-chih quel genre de zen prêchait son maître. Le garçon tendit un doigt, comme faisait son maître quand on lui posait une question. L’apprenant, Chu-chih trancha le doigt du garçon avec un couteau. Le garçon s’enfuit, hurlant de douleur. Chu-chih l’appela. Le garçon se retourna. Chu-chih tendit un doigt. Pour le garçon, ce fut l’éveil.

Le zen et l’art du haïku

Le haïku est la forme de poésie la plus brève de toute la littérature mondiale, mais ses trois petits vers de cinq, sept et cinq syllabes permettent d’exprimer des sentiments profonds et des éclairs soudains d’intuition. Il n’y a aucun symbolisme dans le haïku. Il saisit la vie comme elle s’écoule. Il n’y a pas non plus d’égotisme ; le haïku est pour ainsi dire sans auteur. Mais dans l’intérêt porté à la trame simple, apparemment insignifiante, de la vie quotidienne - une feuille qui tombe, la neige, une mouche -, le haïku nous apprend à percer à jour la vie des choses et à prendre un aperçu de l’Éveil. Qui dit haïku ne dit pas forcément zen, mais qui dit zen dit haïku. Suivant le mot de Blyth, le haïku est « la fine fleur de toute la culture orientale ».

C’est le grand poète Bashô qui éleva le haïku à la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Parmi les autres poètes, il faut citer Buson, Issa, Ryokan et Shiki. Comme tous les arts japonais associés à l’esprit du zen, le haïku évoque la solitude, l’esseulement ou le détachement - sabi - et l’esprit poignant de la pauvreté - wabi. Il y est toujours question d’une saison : les pruniers en fleur pour le printemps ou les branches nues pour l’automne, par exemple.

Une orchidée du soir,
cachée dans son parfum,
la blancheur de la fleur
(Buson).

Le zen et l’art du thé

Depuis le temps de Bodhidharma, le thé et le zen ont eu partie liée. Comme par un fait exprès, c’est Eisai, l’un des premiers maîtres zen du Japon, qui rapporta de Chine des graines de thé. Et c’est Rikyu, un élève, qui raffina l’art du thé, cha-no-yu, au sixième siècle.

Comme le zen, l’art du thé vise la simplification. Il consiste simplement à faire bouillir l’eau, à préparer le thé et à le boire. Son esprit évoque l’harmonie, la révérence, la pureté, la tranquillité, la pauvreté et la solitude ; et il a profondément influencé les arts de l’arrangement floral, de la poterie et de l’architecture. La cérémonie elle-même se déroule dans une cabane de chaume toute simple : la « demeure de vacuité ». Les ustensiles sont peu nombreux et sans prétention, et la pièce ne contient rien d’autre - si ce n’est, le cas échéant, un bouquet de fleurs ou une seule peinture.

Le salon de thé ne peut recevoir que quatre ou cinq personnes, accueillies par le chant de la bouilloire - à l’intérieur de laquelle sont placés des bouts de fer destinés à produire des sons suggérant une lointaine chute d’eau ou le vent qui souffle à travers les pins. Un cérémonial élaboré régit la manière de retirer les feuilles vertes et épaisses et de servir le thé, de faire passer les ustensiles et de les admirer - tout cela, paradoxalement, pour atteindre l’état d’un art sans art.

L’Eveil

L’Éveil - satori, kensho - est l’objectif fondamental du zen. Être éveillé, c’est voir clair dans sa nature, réaliser son état de bouddha, se délivrer du cycle de la naissance et de la mort. C’est « mourir entièrement et revenir à la vie ». Ainsi peut-on lire dans le Denkoroku : « Même si tu restes assis jusqu’à ce que ton siège craque […], même si tu agis avec noblesse et si ta conduite est pure, si tu n’as point atteint le satori, tu ne saurais t’arracher à la prison du monde. »
Le zen fourmille d’exemples d’imprévus qui déclenchent l’Éveil : Bouddha apercevant l’étoile du matin, Bankei crachant un caillot de sang, Hsiang-yen entendant le bruit d’un caillou frappant un bambou. Mais c’est au maître Sokei-an Sasaki que l’on doit l’une des meilleures descriptions de l’expérience : « Un jour, je chassai toute notion de mon esprit. Je renonçai à tout désir. Je rejetai tous les mots avec lesquels je pensais pour demeurer tranquillement assis. J’éprouvai une étrange sensation - comme si j’étais porté dans quelque chose, ou comme si je touchais quelque force inconnue de moi… et pfuit ! j’entrai. Mon corps physique perdit sa limite. Certes j’avais ma peau, mais j’avais l’impression d’être debout au centre du cosmos. Je parlais, mais mes mots avaient perdu leur signification. Je voyais des gens venir à moi, mais ils étaient tous le même homme. Tous étaient moi ! Je n’avais jamais vu ce monde. J’avais cru à la création, mais il me faut maintenant changer d’avis : je n’ai jamais été créé ; j’étais le cosmos ; il n’y a jamais eu de M. Sasaki. »

Nuage fou

Génie excentrique, vénéré autant pour son esprit que pour sa compréhension, Ikkyû Sojun (1394-1481) est une figure chérie du zen japonais. La rumeur en fit le fils de l’empereur et d’une dame d’honneur. Enfant brillant, il aimait à dénoncer l’hypocrisie du zen de son temps, aussi ridicule que corrompu. Par la suite, il chercha le maître le plus intransigeant de son temps. Après s’être soumis des années durant à une formation sévère, il connut un éveil soudain un jour que, dérivant de nuit dans une barque sur la lac Biwa, il entendit le cri rauque d’un corbeau.

Son maître disparu, Ikkyû devait errer trente années durant, fréquentant toutes les couches de la société : nobles, marchands, prostituées, lettrés et artistes. Il goûta aux plaisirs des femmes et du saké et continua à cracher à la face de l’orthodoxie. Ikkyû, qui se donna lui-même le sobriquet de « nuage fou », fut un peintre, doublé d’un calligraphe et d’un poète influent.

La position du lotus

Pour pratiquer le zen, il faut s’asseoir - et, pour parler comme Dôgen, s’asseoir comme un grand pin ou une montagne, avec un sens de la dignité et de la grandeur. La tradition veut que l’on s’asseye dans la position du lotus. Les jambes sont croisées, le pied gauche sur la cuisse droite, le pied droit sur la gauche. La colonne vertébrale est légèrement penchée en avant, laissant le ventre pendre naturellement tandis que le postérieur repose sur un support solide : s’affaisser, c’est se perdre. La tête est haute, le menton rentré, les yeux entrouverts et baissés. Les mains sont placées sur les genoux et forment une « mudra cosmique » : la main gauche sur la droite, les articulations intermédiaires des majeurs réunis et les pouces se touchant légèrement de manière à former un ovale.

Dans son Esprit zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki en résume la signification : « Lorsque nous croisons les jambes ainsi, nous avons certes encore une jambe gauche et une jambe droite, mais elles ne font plus qu’une. La position exprime l’unité de la dualité : ni deux ni un. Tel est l’enseignement le plus important : ni deux ni un. Notre corps et notre esprit ne font ni deux ni un. Si vous pensez que votre corps et votre esprit font deux, vous faites fausse route. Notre corps et notre esprit font à la fois deux et un. »

L’essentiel de cette page est tiré du "petit livre de la sagesse Zen" de David Schiller. x

Logo : le zen et l’art du thé

Sélection du texte : Lili Pincemoi

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