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La Closerie des Lilas

mardi 15 mars 2005, par SEL DE PANAME

Pour une causerie à notre guise, en vers ou en prose, pour fêter dignement cette nouvelle année, nous avons choisi de poser nos cartables de cuir modelés par leurs péripéties littéraires, dans un café prestigieux, très prisé par Apollinaire et Aragon où les esprits s’émoustillent. Ici, les pensées sont subtiles, étonnantes, originales, pétillantes, insolites et amusantes. C’est bien là le carrefour des idées où l’air parfumé de lilas se mêle aux souffles des romanciers. Les oreilles et les yeux y sont au garde à vous, prêts à déclencher leurs caméscopes.

Dans ce célèbre café, les échanges sont passionnés. Les clients s’expriment avec brio, s’exclament, déclament et plaisantent… Ils prennent la pose ou un verre. Ils sont tous frères et sœurs de plumes. Bercés par les notes de musique, distribuées par le pianiste, au comptoir et à chaque table, les habitués se complaisent au cœur de ce cocon tissé de nouvelles, de romans, de poésies et de lettres. Les salons accueillants, heureusement discrets, sont souvent témoins de discours politiques privés, de confidences. De nombreuses célébrités artistiques aiment aussi venir marquer leurs empreintes.

Ainsi, cette ambiance intime et feutrée, si séduisante, nous fait vibrer, nous conquit et nous émeut. Nous trinquons alors au rythme des accolades, embrassades et poignées de mains réconfortantes. Clins d’œil, sourires à profusion, convivialité et bienveillance, nous nous sentons adoptés par les garçons de café et serveurs stylés, nos voisins de table, bref, les privilégiés de Port Royal. Les lumières tamisées gardiennes de l’âme de la Closerie, sont complices de notre bien-être. Le souvenir de notre soirée, si bien amorcée, s’installe déjà confortablement dans notre mémoire.

Pour être admis dans ce havre mondain, pas besoin de collet monté, ni forcément de smoking. Il est indispensable de laisser ses principes à la porte, être bien né ou tout simplement curieux. Pour se fondre dans le décor, il suffit de venir vêtu de papyrus. Il est fortement recommandé d’apporter un brin de fantaisie, un soupçon de liberté, un alphabet géant et des caractères. N’oubliez pas un sac de mots, pour pouvoir y piocher quelques nuances, pour fignoler vos phrases. Soyez à la fois pensif et communicatif, intelligent et modeste, décontracté, philosophe et libre.

Pour attirer l’attention, l’air de rien, l’air de tout, les règles sont bien établies : pas de censure, surtout pas de fausse modestie, pas d’hésitation, mais beaucoup d’esprit de persuasion et de verve. Pour fréquenter ce café renommé, où les génies parisiens éclosent, il faut avoir de l’envergure, posséder des talents d’acteur : Savoir moduler ses phrases, parler avec éloquence, évoquer le dernier best-seller, le chanteur à la mode, le peintre inspiré, l’exposition fantastique. Suivez mon conseil : laisser échapper, avec naturel, quelques mots savants longs et compliqués.

Alors, c’est le moment d’enchaîner, de parler haut et fort, d’extrapoler, d’affirmer, de disserter, de discourir à la mesure de votre imagination et fantaisie, de votre culture et de vos convictions. Caressez l’espoir qu’un érudit, un écrivain célèbre, bref, une personne de bonne compagnie, à l’allure distinguée et courtoise, vienne enfin vous aborder dans cet univers magique. Il infirmerait ou affirmerait la citation magnifique, absolument sublime que vous auriez alors inventée. Ainsi, délectez -vous, à l’avance, de ce contact intellectuel, résultat d’un habile stratagème.

© copyright marie carteron. paris, France

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