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Banque du temps

mercredi 26 mai 2004, par SEL DE PARIS

Banque du temps en Italie par une seliste du sel de Paris .

SEL en italien se dit BdT : Banche del Tempo !

"Ne gâches pas ton temps, investis-le dans notre banque !" C’est avec ce slogan, qu’en Italie, le banche del tempo conquerent de nouveaux investisseurs. Oeuvrant dans l’intérêt et au profit de leur clientèle particulière, ces instituts de crédit appliquent à la lettre un dicton qui a fait ses preuves : "le temps c’est de l’argent". Ergo, au lieu des euros les biens qu’y sont investies et échangées ce sont les heures. Exclusivement. Ces banques s’activent sans cesse afin que le bénéfice de leurs transactions soit partagé entre toutes et tous. Le prix ? Rien d’autre que de la bonne volonté. Une valeur sûre. Puisque les banche del tempo sont devenues en l’espace d’une décennie une institution capillaire du Nord au Sud de la péninsule. Institution aussi au sens propre car, surtout à leurs débuts, elles sont souvent créées sur l’initiative de collectivités locales ou territoriales. Le but ?
Mettre en relation des gens qui ne se connaissent pas pour mettre en commun la satisfaction de leurs besoins. Par l’ouverture d’un compte dans la banque on s’engage à échanger ses services avec les autres membres moyennant son temps comme unité d’échange. Une heure égale une heure, c’est la norme à laquelle on ne peut déroger. Résultat : on construit dans la pratique un espace où l’égalité et la parité sont garanties pour toutes et tous, vu que la valeur de la prestation ne prend pas en compte les différences économiques qui existent dans la société entre personnes et métiers différents. Autrement dit, on met sur le même plan la grand-mère qui confectionne un gâteau et le musicien qui donne des cours de piano.
Pas de limite d’âge, ni de compétences, donc. Tout le monde peut s’inscrire : individus, associations, entreprises et collectivités locales. Les services échangés couvrent une grande variété de besoins et désirs quotidiens, de la garde des personnes âgées à celle des enfants, en passant par la couture, le jardinage, la cuisine, le ménage, le massage, le transport, pour comprendre tout type d’activité culturelle, musicale, artistique, artisanale, sportive, informatique...
Puisqu’une heure égale une heure, toujours, n’importe le service ou le savoir échangé, on libère le temps de toute équation économique. Mais ce n’est pas tout. On libère aussi le temps en soi : en apprenant à l’échanger en confiance et à le recevoir sans culpabilité. Personne ne perd (du temps) donc. En découle une meilleure relation avec ce bien que l’on possède toutes et tous mais que l’on gère souvent mal. On donne pour avoir, on reçoit pour offrir, on élargit son réseau amical et parental en se frôlant à des milieux divers, bref : on fait trésor de la différence.
Tout le monde peut établir une banque du temps : il suffit d’être 5 ou 6 personnes motivées et de pouvoir compter , si possible, sur le soutien d’une collectivité (mairie, association, école, syndicat, province, région.) qui pourra aussi prêter ou fournir le local pour installer l’institut de crédit.
Celui-ci semble fonctionner, d’ailleurs, comme une banque traditionnelle. Ouvert tous les jours, son personnel gère les comptes des investisseurs, accueille et renseigne citoyennes et citoyens sur le fonctionnement de ce service bancaire hors normes qui enrichit à coup sûr quiconque souhaite s’y investir.
Comment ça marche ? Il suffit de se présenter au guichet accompagné d’un membre ou, en défaut, de présenter un justificatif d’adhésion à une autre association : ce qui constitue une garantie en or pour la banque. Muni d’un document d’identité valable, on remplit un formulaire d’inscription en y indiquant les services et les activités que l’on offre et que l’on demande, on ajoute deux photos d’identité et le tour est joué. Sept jours plus tard, on retire la carte d’adhérent et le chéquier. A partir de ce moment on est titulaire d’un compte et ses offres et ses demandes circulent dans le réseau de la banque. Quand on offre un service à un autre membre du réseau, on détache un cheque et on devient créditeur d’une heure pour les services que l’on demande à son tour. Chaque membre reçoit un "compte-rendu" des ses opérations où sont comptabilisées les "recettes" et les "dépenses". Trop bureaucratique ?
Pas toujours : sur une échelle territoriale réduite on peut faire beaucoup plus simple. Familier même. C’est d’ailleurs ce qui se passe en ce moment dans beaucoup de copropriétés urbaines, où on assiste à un véritable essor des banche del tempo mises en place indépendamment du soutien de la mairie, ou d’autres associations.
En fait, créer une banque du temps est aussi facile qu’un jeu d’enfant. Filles et garçons en sont souvent les initiateurs, d’ailleurs. Comme le rapportait en février dernier l’observatoire national sur les banques du temps, Tempomat : dans un quartier de Rome, le Tuscolano (où se trouve Cinecittà) des filles et des garçons de dix ans en ont crée une dans le but exclusif de remplir le temps avec leurs désirs. A suivre.

Maria Giannina Mura

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