Systèmes d’Echanges locaux en Ile de France

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SYSTEMES D’ECHANGES ET SYSTEMES MONETAIRES COMPLEMENTAIRES

vendredi 26 novembre 2004, par SEL DE PARIS

Les systèmes monétaires complémentaires et les systèmes d’échanges locaux européens se sont réunis en juillet en Allemagne, à l’initiative du groupe allemand Moneta. L’analyse proposée ici est une synthèse de différentes réflexions qui nous traversent et qui sont le plus fréquemment partagées dans le monde des monnaies complémentaires.

La valeur de l’activité humaine et des productions tangibles de l’économie se fait capter par le système monétaire international, par un tour de passe-passe qui aboutit au fait que l’argent est devenu la marchandise qui a le plus de valeur dans un monde de plus en plus virtuel( les marchés financiers) au détriment de l’économie réelle. L’argent est ce qui produit actuellement le plus d’argent dans un système spéculatif que plus personne ne peut contrôler alors que les marchés financiers ont pris le contrôle de tous les états (tous sont endettés) et qu’ils peuvent, en l’espace de quelques jours mettre n’importe quel pays à genoux (comme un pays récalcitrant qui souhaiterait s’autonomiser par exemple)
La monnaie, qui ne devrait être qu’une simple mémoire/ reconnaissance de dettes ( ou plutôt reconnaissance de création de richesses), a développé une hypertrophie de sa fonction de réserve de valeur provoquant un phénomène d’accumulation hors sol, asséchant l’économie réelle ( bulles spéculatives allant crescendo jusqu’à l’effondrement final du système qu’elles vampirisent comme dans n’importe quelle pathologie cancéreuse). L’argent devient une denrée rare pour la grande majorité de la population qui ne vit pas de spéculation, d’autant plus rare que les états se sont laissés spoliés( dans les faits) de leurs capacités à décider de son émission. Maintenir une insuffisance chronique de l’argent induit un état de guerre sociale et permet l’exploitation des salariés et des groupes sociaux les moins combatifs ( comme les femmes par exemple)Les solidarités sont beaucoup plus difficiles à maintenir et la coopération est mise à mal. La responsabilité sociale est reléguée au 2nd plan à cause de la compétition permanente.
Le pouvoir appartient à ceux qui organisent la distribution de cette rareté : c’est ainsi que les marchés financiers ont pris le contrôle des états.
Le paradoxe est que nos sociétés occidentales sont en surproduction, avec des populations surqualifiées, alors que de nombreux besoins ne sont pas satisfaits. C’est le système monétaire qui opère une régulation de type politique en décidant que telle activité n’est pas assez rentable, que tels besoins ne sont pas solvables. Les politiques publiques pour ne pas déroger à l’énorme intoxication idéologique que représente la notion de libre concurrence interviennent de moins en moins face à cette dérégulation sauvage. Développer des outils collaboratifs qui permettent de valoriser des activités que l’économie classique ne sait pas reconnaître et qui organisent davantage de mutualisations, dans un soucis de développement durable et responsable, devrait donc être une priorité désormais car c’est l’avenir de la planète qui est en jeu.

Sortir du système de l’argent-marchandise : valoriser toutes les plus values sociales
Il suffirait de se donner un autre système de valorisation pour décider que toute demande qui rencontre une réponse appropriée crée automatiquement des unités de reconnaissance de dettes, qui permettront un avoir ultérieur, dans la collectivité qui utilise ce nouveau système. Cette nouvelle manière de réguler les échanges sociaux , qui solvabilise automatiquement tous les besoins et fait de leur satisfaction, la véritable source de la richesse, est tout aussi arbitraire que notre système actuel de rareté artificielle( mais tout système de valeur est fondé sur des conventions et reflète les présupposés idéologiques du groupe qui l’utilise : il n’existe aucune naturalité dans ce domaine).

Les SEL ( système d’ échange local) pratiquent ce système de crédit mutuel, dans lequel l’unité d’échange n’a aucune valeur en soi et permet juste de différer la récip rocité des échanges dans le temps et dans le groupe. Les unités se génèrent automatiquement sur la base d’un simple accord entre les protagonistes de l’échange, sur l’indication d’une unité par minute ( une heure =60 unités)et viennent valoriser/mémoriser toute activité entre au moins 2 individus qui répond à un besoin. La personne ou le groupe bénéficiaire se débite d’autant et il se crée un différentiel égal à 0 qui permet une auto régulation aisée du groupe. Seules les informations sont centralisées dans ces systèmes( catalogue des offres et demandes, comptabilité des unités de chaque participant ) et rendues visibles pour permettre cette auto régulation. Mais l’émission d’unités se décide librement entre membres : ce système est donc toujours disponible, abondant, pour valoriser ce qui est déjà là, tout ce qui peut se créer et tout le temps passé. Pour le moment, ce système valorise surtout de l’échange de services et de connaissances, du recyclage d’objets d’occasion ou du prêt d’outils spécifiques( le recyclage et la mutualisation d’objets deviennent une fonction intéressante dans une optique de décroissance soutenable et de diminution des consommations individuelles, l’unité d’échange régulant alors la durée de l’usage )Il n’y a pas de production dans les SEL ( ou une très marginale autoproduction artistique ou artisanale : confitures, pâtisseries, etc)
Systèmes monétaires complémentaires
Souvent l’idée de passer d’un état d’impuissance et d’asphyxie à un état d’abondance et de liberté fait peur et il semble, que pour gagner la confiance, il soit nécessaire de passer par des
étapes intermédiaires que sont les monnaies polyaffectées et cautionnées par l’argent officiel( de type Chèque-déjeuner, par exemple) Les 2 types de systèmes continuent à se développer en Europe mais cette dernière forme permet de rallier plus facilement des entreprises et des détaillants.
Ces monnaies à usage limité à un secteur ou un territoire, peuvent être remboursées (moyennant une faible retenue, parfois, pour rémunérer le circuit), ce qui rassurent les participants mais provoque l’incrédulité des observateurs extérieurs : pourquoi utiliser un bout de papier qui a la même valeur que l’euro alors qu’il paraîtrait plus simple d’utiliser directement l’argent officiel. Parfois, elles ne sont pas convertibles et doivent être dépensées
dans le circuit.
En fait, même si on reste en système limité à cause de la nécessite de cautionner, il y a de nombreux avantages :
La richesse produite reste dans la localité ou dans le circuit qui utilise la monnaie cautionnée et ne s’échappe pas vers les produits des grandes firmes internationales, qui se permettent de produire à bas prix des marchandises au coût social et écologique délétère pour la planète.
Face à cette concurrence déloyale et à terme destructrice, cette monnaie crée un marché privilégié, fondé sur la notion de préférences collectives, qui labellise des produits et services. Elle sert de support à la communication sur les condition des productions : il existe souvent une charte éthique et environnementale qui encadre et renseigne sur la responsabilisation sociale des participants. Les monnaies vecteurs d’informations et support pédagogique de développement durable et de commerce équitable de proximité , seront probablement une piste pour l’avenir, afin que les citoyens puissent consommer en toute conscience politique de la portée de leur acte .
Elle démultiplie l’activité économique locale ou sectorielle et devient un puissant facteur de développement local, facilement mesurable grâce à des indicateurs ad’hoc( toutes les expériences passées et actuelles le confirment)On pourrait supposer qu’elle participerait au développement d’un commerce équitable Sud-Nord de la même façon.
Enfin, si la gouvernance des ces nouveaux systèmes monétaires complémentaires est organisée d’emblée de façon participative ( avec les techniques des budgets participatifs, par exemple ), la construction de nouvelles coopérations entre les différents participants devient possible ( collectivités territoriales, entreprises en voie de responsabilisation sociale, production locale, petite distribution, associations, etc.) et produit une cohésion sociale renouvelée sur un territoire ou dans le secteur( l’économie sociale et solidaire, par exemple) que ces monnaies permettent d’irriguer.

Pascale Delille
Chantier monnaies sociales Alliance 21

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